Marché public : recours en cas d’impayé

5 mai 2026 Sébastien Kvot

Vous avez livré votre prestation, exécuté vos travaux, respecté vos délais. Et pourtant : pas de paiement. Ou un paiement partiel. Ou un silence radio de l’acheteur public. Que vous soyez en BTP, en services ou en fournitures, un impayé en marché public peut vite mettre votre trésorerie en danger. 💰

Et ce n’est pas un cas isolé : en 2024, l’Observatoire des délais de paiement estimait à 15,3 milliards d’euros le déficit de trésorerie des PME causé par les retards de paiement. En 2025, 68 296 entreprises ont fait faillite en France — niveau inédit, en hausse de 28 % par rapport à la période pré-Covid. Les retards de paiement publics en sont une cause directe.

Bonne nouvelle : vous n’êtes pas sans recours. Loin de là. Au menu de cet article : les étapes concrètes pour obtenir votre paiement, du premier courrier de relance jusqu’au juge si nécessaire. En avant, marche ! ⚖️

Pourquoi les retards de paiement sont-ils si fréquents en marché public ?

Avant de voir comment agir, comprendre pourquoi ça coince est utile. Sur le terrain, on observe plusieurs causes récurrentes — et elles n’ont pas toutes la même solution.

  • Le délai de paiement légal n’est pas respecté : l’acheteur public dispose de 30 jours maximum pour payer après constatation du service fait. Ce délai monte à 50 jours pour les établissements publics de santé et à 60 jours pour les entités adjudicatrices dans certains secteurs.
  • Le dossier de facturation est incomplet : un bordereau de situation manquant, un attachement non signé, une facture mal libellée — l’acheteur peut bloquer le paiement.
  • Le DGD tarde à être établi : en fin de marché, le Décompte Général Définitif conditionne le solde. S’il n’est pas établi, rien ne sort.
  • Des réserves ou pénalités sont appliquées : l’acheteur déduit des sommes contestables sans en informer correctement l’entreprise.
  • Problèmes de trésorerie de la collectivité : certaines collectivités, notamment les plus grandes et les hôpitaux en outre-mer, affichent des délais moyens de 20 à 121 jours.

À retenir : le délai de paiement de 30 jours court à compter de la réception de la demande de paiement (facture) par l’acheteur, et non à compter de la date d’émission de la facture. Conservez toujours une preuve de dépôt ou d’envoi de votre facture.

Causes principales retard paiement marché public PME

Étape 1 : vérifier vos droits avant d’agir

Avant d’envoyer quoi que ce soit, posez-vous les bonnes questions. C’est le prérequis indispensable — et ça vous évitera de relancer pour rien. Ça vous parle ? 🤔

Votre service fait est-il bien constaté ?

Le paiement ne peut intervenir qu’après constatation du service fait. Si votre prestation n’a pas encore été formellement acceptée par l’acheteur, le délai de paiement n’a pas commencé à courir. Vérifiez que vous avez bien un bon de livraison signé, un procès-verbal de réception, ou tout document attestant que l’acheteur a réceptionné votre prestation.

Votre facture est-elle conforme ?

Une facture incomplète ou mal adressée peut légalement bloquer le délai de paiement. Vérifiez que votre facture mentionne bien le numéro du marché, le bon destinataire (ordonnateur ou service comptable), et qu’elle correspond exactement aux prestations prévues au contrat.

Des retenues ont-elles été appliquées ?

Si l’acheteur a déduit une retenue de garantie ou des pénalités, assurez-vous d’avoir reçu une notification formelle avec les motifs. Une déduction sans explication est contestable.

Vérifications préalables avant relance impayé marché

Astuce terrain : avant toute relance officielle, appelez le service comptable de l’acheteur. Dans la majorité des cas, un retard de 5 à 10 jours après l’échéance légale est dû à un problème administratif banal — facture égarée, mauvais service destinataire. Un coup de fil suffit souvent à débloquer la situation.

Vous avez un impayé et ne savez pas par où commencer ? Parlons-en

Étape 2 : réclamer les intérêts moratoires — votre droit automatique

Héy oui ! Dès le premier jour de retard, vous avez droit à des intérêts moratoires — et ce, automatiquement, sans avoir à les réclamer expressément. C’est l’une des protections les plus importantes du Code de la commande publique pour les entreprises titulaires de marchés publics.

Comment sont calculés les intérêts moratoires ?

Le taux des intérêts moratoires est égal au taux d’intérêt appliqué par la Banque centrale européenne à ses opérations principales de refinancement, majoré de 8 points. En pratique, ce taux est significatif — il est conçu pour dissuader les retards.

La formule de calcul est la suivante :

  • Montant dû × taux des IM × nombre de jours de retard / 365

Par exemple, pour une facture de 50 000 € HT en retard de 45 jours avec un taux de 12 % (BCE + 8 points) : 50 000 × 12 % × 45/365 = 739,73 € d’intérêts moratoires. Ce n’est pas anodin pour l’acheteur.

Formule calcul intérêts moratoires retard paiement

L’indemnité forfaitaire de recouvrement

En plus des intérêts moratoires, vous avez droit à une indemnité forfaitaire de 40 € par facture en retard. Ce montant couvre les frais de recouvrement engagés. Modeste en apparence, mais à multiplier sur l’ensemble des factures concernées.

À retenir : les intérêts moratoires sont dus de plein droit, sans mise en demeure préalable. Vous n’avez pas à les réclamer pour y avoir droit — mais vous devez les facturer explicitement pour les obtenir dans la pratique. Mentionnez-les dans votre courrier de relance.

Nouveauté législative importante : une proposition de loi sénatoriale d’octobre 2025, examinée en février 2026, prévoit d’interdire le renoncement aux intérêts moratoires. En effet, trop d’entreprises — notamment les TPE — renoncent à les réclamer de peur de compromettre leur relation avec l’acheteur. Ce texte vise à mettre fin à cette pratique (et croyez-nous, c’est une vraie avancée pour les petites structures).

Étape 3 : envoyer un courrier de relance formelle

Si l’appel téléphonique n’a rien donné ou si vous êtes au-delà de 15 jours de retard, il est temps de passer à l’écrit. Direction la relance formelle !

Ce courrier doit être envoyé en recommandé avec accusé de réception — c’est ce qui crée la preuve indispensable pour la suite. Il doit mentionner :

  • La référence du marché et de la facture concernée
  • Le montant dû et la date d’échéance dépassée
  • Le calcul des intérêts moratoires déjà courus
  • L’indemnité forfaitaire de 40 €
  • Un délai de régularisation (8 à 15 jours)
  • La mention que vous vous réservez le droit d’engager un recours en l’absence de réponse
Astuce terrain : adressez votre courrier à la fois au service ordonnateur (celui qui a passé le marché) ET au service comptable (trésorerie, direction financière). Les deux doivent être informés. Un courrier adressé uniquement au chef de projet peut rester dans un tiroir.

Ce courrier a souvent un effet immédiat. Un acheteur qui reçoit une relance formelle mentionnant les intérêts moratoires et un recours potentiel tend à régler la situation rapidement. Sur le terrain, on voit souvent les choses se débloquer à cette étape.

Étape 4 : engager une procédure amiable

Si la relance écrite reste sans effet, la voie amiable est l’étape suivante avant le recours contentieux. Elle est souvent plus rapide et moins coûteuse qu’une procédure judiciaire. Passons aux choses sérieuses !

Le recours au comité consultatif de règlement amiable

Pour les marchés de l’État et de certains établissements publics, vous pouvez saisir le Comité Consultatif de Règlement Amiable des Différends (CCRA). Ce comité intervient en médiateur entre l’entreprise et l’acheteur pour trouver une solution négociée. La saisine est gratuite et suspend les délais de recours contentieux.

Le médiateur des entreprises

Le Médiateur des entreprises est une solution rapide et gratuite pour les litiges avec des acheteurs publics ou privés. La médiation aboutit dans la majorité des cas à un accord en quelques semaines. C’est une option à ne pas négliger, surtout pour les TPE/PME qui n’ont pas les moyens d’engager une procédure longue.

La mise en demeure avant recours contentieux

Si vous envisagez de saisir le juge, une mise en demeure formelle est généralement recommandée avant toute action contentieuse. Elle précise clairement vos demandes et donne une dernière chance à l’acheteur de régulariser sans procédure.

À retenir : la voie amiable n’est pas une perte de temps. Un accord amiable vous évite les frais d’avocat, les délais judiciaires, et préserve votre relation commerciale avec l’acheteur pour les futurs marchés. Épuisez toujours cette option avant d’aller au contentieux.

Étape 5 : saisir le juge en urgence — le référé-provision

La voie amiable n’a rien donné ? Il existe une procédure judiciaire particulièrement efficace pour les impayés en marché public : le référé-provision devant le tribunal administratif. C’est l’outil d’urgence par excellence pour obtenir un paiement rapide. 🚀

CCRA médiateur mise en demeure recours amiable

Le référé-provision permet d’obtenir le versement d’une provision — c’est-à-dire une somme d’argent à titre provisoire — sans attendre qu’un jugement définitif soit rendu sur le fond. Les conditions pour l’obtenir :

  • L’obligation de payer n’est pas sérieusement contestable : vous avez exécuté votre prestation, votre facture est conforme, le service fait est constaté
  • Le montant réclamé est justifié par des pièces (factures, bordereaux, constats de service fait)

Le juge statue en quelques semaines. Si les conditions sont remplies, il peut ordonner le versement d’une provision couvrant tout ou partie de la créance — en attendant que le fond soit tranché. C’est redoutablement efficace quand la créance est incontestable.

Attention : le référé-provision est une procédure judiciaire qui nécessite l’assistance d’un avocat spécialisé en droit administratif. Chez Odécia, nous ne sommes pas avocats, mais nous pouvons vous aider à préparer et documenter votre dossier avant de consulter un avocat.

Étape 6 : le recours au fond devant le tribunal administratif

Pour les litiges complexes — montants importants, contestations sur le décompte, pénalités abusives — le recours au fond devant le tribunal administratif reste la voie la plus complète. Elle est plus longue (18 à 36 mois en général), mais elle permet d’obtenir une décision définitive sur l’ensemble du litige.

Ce recours est pertinent notamment quand :

  • L’acheteur conteste le montant dû dans le Décompte Général Définitif
  • Des pénalités de retard ont été appliquées et vous les contestez
  • L’acheteur invoque une force majeure ou une imprévision pour justifier le non-paiement
  • Le litige porte sur des travaux supplémentaires non reconnus

Ici encore, un avocat spécialisé en droit public est indispensable. La préparation du dossier — notamment la constitution des preuves d’exécution, des échanges avec l’acheteur, et du calcul des sommes dues — est déterminante pour l’issue du recours. Logique, non ?

Parcours 6 étapes obtenir paiement marché public

Le nouveau fonds d’affacturage public pour les PME

Bonne nouvelle pour les TPE/PME ! La proposition de loi sénatoriale de février 2026 prévoit la création d’un fonds public d’affacturage à destination des PME titulaires de marchés publics qui subissent des retards de paiement susceptibles de menacer leur viabilité économique. Le dispositif, maintenu sous forme d’expérimentation, permettrait aux PME de céder leurs créances impayées au fonds — sans frais pour elles. Une avancée concrète qui, si elle est adoptée, pourrait changer la donne pour les petites structures les plus fragiles face aux retards de paiement publics. À suivre de près ! 🌱

Conclusion : ne laissez pas un impayé s’installer — agissez par étapes

Un impayé en marché public, c’est souvent une affaire de méthode. Plus vous agissez tôt et de manière structurée, plus vous avez de chances d’obtenir votre paiement rapidement et sans passer devant le juge.

Pour mémo, voici les 6 étapes dans l’ordre :

  • Vérifier que le service fait est constaté et que votre facture est conforme
  • Appeler le service comptable dès le premier retard — souvent suffisant
  • Relancer par écrit (LRAR) en mentionnant les intérêts moratoires et l’indemnité forfaitaire de 40 €
  • Saisir le médiateur des entreprises ou le CCRA pour une solution amiable rapide
  • Déposer un référé-provision devant le tribunal administratif si la créance est incontestable
  • Engager un recours au fond pour les litiges complexes sur le montant ou les déductions

Vous avez un impayé et vous ne savez pas où vous en êtes dans ce parcours ? Chez Odécia, nous vous aidons à analyser la situation, à documenter votre dossier et à identifier la meilleure voie à suivre — sans remplacer votre avocat, mais en vous préparant efficacement. ✅

Je prends rendez-vous pour faire le point sur mon impayé

FAQ : recours en cas d'impayés sur les marchés publics

Toutes les réponses à vos questions

Quel est le délai de paiement légal en marché public ?

30 jours calendaires à compter de la réception de la demande de paiement (facture) pour les acheteurs publics classiques. Ce délai est porté à 50 jours pour les établissements publics de santé et à 60 jours pour certaines entités adjudicatrices dans des secteurs spécifiques.

Ai-je droit aux intérêts moratoires automatiquement ?

Oui. Les intérêts moratoires sont dus de plein droit dès le premier jour de retard, sans qu’il soit nécessaire de les réclamer dans un premier temps. En pratique, vous devez les mentionner dans votre courrier de relance pour les obtenir concrètement. Le taux est égal au taux BCE majoré de 8 points.

Qu'est-ce que l'indemnité forfaitaire de 40 € ?

C’est une indemnité de recouvrement automatiquement due par l’acheteur en cas de retard de paiement, en plus des intérêts moratoires. Elle est de 40 € par facture en retard et couvre les frais de recouvrement engagés par l’entreprise créancière.

Qu'est-ce que le référé-provision ?

C’est une procédure d’urgence devant le tribunal administratif permettant d’obtenir le versement rapide d’une provision sur une créance incontestable, sans attendre un jugement au fond. Il est particulièrement adapté aux impayés en marché public où le service fait est constaté et la facture conforme.

Puis-je saisir le médiateur des entreprises pour un impayé public ?

Oui. Le Médiateur des entreprises intervient gratuitement pour les litiges entre entreprises et acheteurs publics ou privés. La médiation est rapide (quelques semaines) et aboutit dans la majorité des cas à un accord. C’est une option à privilégier avant toute procédure contentieuse.

Un impayé peut-il justifier l'arrêt des travaux ou prestations ?

C’est une question délicate. En principe, un titulaire ne peut pas unilatéralement suspendre l’exécution du marché en raison d’un impayé sans risquer une mise en demeure voire une résiliation aux torts. Dans certains cas très spécifiques, une suspension peut être envisagée, mais uniquement avec l’appui d’un avocat spécialisé et après épuisement des voies de recours amiables.

Comment se protéger en amont contre les impayés en marché public ?

Plusieurs outils préventifs existent : demander une avance forfaitaire dès la notification du marché, mettre en place un nantissement ou une cession de créance Dailly pour financer le BFR, documenter rigoureusement chaque étape d’exécution (constats, attachements signés), et vérifier dès la signature les modalités de facturation acceptées par l’acheteur.

Articles similaires

28 avril 2026

Référé contractuel en marché public

Le marché a été signé. Vous avez raté la fenêtre du référé précontractuel, ou pire : vous n’avez même pas...

Lire la suite
Sébastien Kvot
21 avril 2026

Référé précontractuel en marché public

Vous venez de perdre un marché public et vous avez la conviction que la procédure n’a pas été respectée ?...

Lire la suite
Sébastien Kvot
7 avril 2026

Réclamation en marché public : guide complet pour les entreprises

Votre chantier a subi des retards imputables au maître d’ouvrage ? Des travaux supplémentaires non prévus au marché initial vous...

Lire la suite
Sébastien Kvot
31 mars 2026

Résiliation d’un marché public : guide complet pour les entreprises

Votre marché public risque d’être résilié ou vous envisagez de demander sa résiliation ? Cette situation, bien que délicate, est...

Lire la suite
Sébastien Kvot
3 mars 2026

Avenant marché public : guide complet pour modifier votre contrat

Votre marché public est en cours d’exécution, mais les circonstances ont changé ? Vous devez modifier certaines prestations ou ajuster...

Lire la suite
Sébastien Kvot
10 février 2026

Avance marché public

Vous venez de remporter un marché public et vous vous demandez comment financer les premières semaines de travaux ? Bonne...

Lire la suite
Sébastien Kvot
3 février 2026

La retenue de garantie sur un marché public

Vous venez de décrocher un marché public et vous découvrez qu’une partie de vos factures sera retenue pendant plus d’un...

Lire la suite
Sébastien Kvot
27 janvier 2026

Cession de créance en marché public

Besoin de trésorerie pour financer l’exécution de votre marché public ? La cession de créance en marché public peut être...

Lire la suite
Sébastien Kvot
20 janvier 2026

Qu’est-ce que le nantissement en marché public ?

Vous venez de remporter un marché public mais votre trésorerie est tendue ? Vous cherchez un moyen de financer l’exécution...

Lire la suite
Sébastien Kvot
13 janvier 2026

Qu’est-ce que la réception de travaux en marché public ?

Vous venez de terminer un chantier pour une collectivité et vous vous demandez comment obtenir la réception de vos travaux...

Lire la suite
Sébastien Kvot
30 décembre 2025

SOGED : Guide complet pour les marchés publics de travaux

Vous devez rédiger un SOGED pour votre prochain marché public de travaux et vous ne savez pas par où commencer...

Lire la suite
Sébastien Kvot
31 octobre 2025

Procédure contradictoire préalable aux pénalités de retard

La procédure contradictoire préalable aux pénalités de retard constitue une protection essentielle pour les entreprises titulaires de marchés publics. Mal...

Lire la suite
Sébastien Kvot