ChatGPT, Gemini, Copilot… les outils d’intelligence artificielle ont envahi les bureaux des entreprises. Et la réponse aux appels d’offres n’échappe pas à la règle. Et franchement, difficile de blâmer les salariés qui l’utilisent : gagner du temps sur la rédaction d’un mémoire technique, structurer une réponse complexe en quelques minutes, c’est une promesse séduisante.
Mais voilà le problème : les marchés publics, c’est un univers très codifié. Un oubli, une pièce mal renseignée, une formulation qui sort des clous… et votre offre peut être éliminée avant même d’être lue. Et ça, l’IA ne vous le dira pas 🤖.
Chez Odécia, on accompagne des entreprises sur leurs réponses aux appels d’offres depuis 15 ans. On a vu arriver l’IA avec intérêt — et avec quelques sueurs froides aussi. Dans cet article, on vous livre les 5 erreurs à éviter absolument avec ChatGPT sur un appel d’offres. Sans diaboliser l’outil, mais sans naïveté non plus.
Ce que l’IA peut vraiment vous apporter sur un appel d’offres
Avant de pointer les erreurs, soyons honnêtes : l’IA générative est un vrai atout pour qui sait l’utiliser. Voici ce qu’elle fait bien — et ce n’est pas rien :
- Structurer rapidement un plan de mémoire technique à partir des critères du règlement de consultation
- Reformuler des paragraphes pour les rendre plus fluides, plus percutants
- Générer des variantes rédactionnelles sur un même argument
- Résumer un CCTP pour en extraire les points clés
- Produire une première trame que vous allez enrichir de votre expertise terrain
L’IA est un assistant de rédaction puissant. Le mot important, c’est assistant. Pas rédacteur en chef, pas juriste, pas chiffreur. Passons maintenant aux erreurs qui font mal 👇
Le prérequis indispensable : maîtrisez le process avant de déléguer à l’IA
Voici quelque chose qu’on n’entend pas assez : l’IA ne peut pas compenser une méconnaissance des règles du jeu. Et dans les marchés publics, les règles du jeu sont nombreuses, précises, et implacables.
Concrètement, qu’est-ce que ça veut dire ? L’IA ne sait pas que :
- Un BPU ou une DPGF mal complété peut entraîner le rejet automatique de votre offre
- L’acte d’engagement (ATTRI1) doit être signé par une personne habilitée — pas n’importe qui dans l’entreprise
- Une offre irrégulière ne peut généralement pas être régularisée après la date limite de remise
- Certaines pièces du dossier de candidature sont obligatoires selon la procédure et le type de marché
Maîtriser le processus de réponse à un appel d’offres, c’est le socle. L’IA vient ensuite pour vous faire gagner du temps sur la rédaction — pas pour se substituer à cette connaissance fondamentale.
Si vous débutez dans les marchés publics ou si vous souhaitez consolider vos bases, commencez par là. L’IA sera d’autant plus efficace que vous saurez lui donner des instructions précises et vérifier ce qu’elle produit 🎯.
Erreur n°1 : Copier-coller la réponse de ChatGPT sans l’adapter au DCE
C’est l’erreur la plus répandue — et la plus dangereuse. Vous demandez à ChatGPT de vous rédiger un mémoire technique pour un marché de nettoyage, et vous collez le résultat tel quel dans votre réponse. Résultat ? Une offre générique, qui ne répond pas aux critères d’évaluation spécifiques du marché.
Hé oui ! L’IA ne connaît pas votre DCE. Elle ne sait pas que l’acheteur pondère la méthodologie à 40%, l’environnement à 30% et le prix à 30%. l’IA ne connait pas non plus les besoins de l’acheteurs à travers le CCTP… Elle produit une réponse correcte… mais pas la bonne réponse.
Ce qu’il faut faire à la place : Analysez d’abord votre règlement de consultation et identifiez les critères avec leur pondération. Puis donnez ces informations à l’IA dans votre prompt : « Rédige une section sur la méthodologie en répondant aux critères suivants : [liste] ». L’IA devient alors vraiment utile ✅.
Erreur n°2 : Faire confiance aux informations juridiques générées par l’IA
ChatGPT peut vous citer un article du Code de la commande publique avec une précision déconcertante… et se tromper. Ce phénomène s’appelle l’hallucination — et dans les marchés publics, c’est particulièrement risqué.
On a vu des entreprises intégrer dans leurs mémoires des délais erronés, des seuils dépassés, des références réglementaires inexactes. L’acheteur, lui, connaît les textes 😬.
Ce qui est particulièrement sensible :
- Les seuils des marchés publics (ils évoluent régulièrement)
- Les délais de paiement et les intérêts moratoires
- Les obligations liées aux CCAG (travaux, prestations intellectuelles, TIC…)
- Les exigences en matière de sous-traitance
- Les règles spécifiques à certains secteurs (défense, eau, énergie…)
Ce qu’il faut faire : Utilisez l’IA pour la rédaction, mais vérifiez toujours les éléments juridiques sur Légifrance ou sur le portail DAJ du ministère de l’Économie. Ces sources officielles sont gratuites et fiables 🔒.
Erreur n°3 : Utiliser ChatGPT pour les données chiffrées et les prix
L’IA est un outil de langage, pas un outil de chiffrage. Pourtant, certaines entreprises lui demandent d’estimer des coûts, de donner des fourchettes de prix ou de valider des montants. C’est une erreur qui peut coûter cher — littéralement.
Pourquoi c’est risqué ? Les données chiffrées produites par l’IA sont, au mieux, des moyennes génériques issues de données d’entraînement potentiellement obsolètes. Elles ne prennent pas en compte :
- Vos coûts réels (main d’œuvre, matériaux, sous-traitance)
- La localisation du marché et ses spécificités
- Les contraintes techniques du CCTP
- Le contexte économique actuel (inflation, pénuries…)
Sous-estimer votre prix sur la foi d’une donnée IA, c’est risquer de remporter un marché que vous ne pouvez pas exécuter de façon rentable. Sur-estimer, c’est risquer de perdre face à des concurrents mieux calibrés 💰.
Erreur n°4 : Partager vos données confidentielles dans vos prompts
Voici une erreur dont on parle moins — mais qui peut avoir des conséquences sérieuses. Quand vous utilisez ChatGPT (version gratuite ou même certaines versions professionnelles), les données que vous saisissez dans vos prompts peuvent alimenter les modèles d’entraînement ou être stockées sur des serveurs tiers.
Le DCE est un document public : pas de problème de ce côté. Mais vos données internes, elles, sont une autre affaire :
- Vos références clients et les montants des marchés remportés
- Vos prix de revient et vos marges
- Vos process internes et méthodes propriétaires
- Les noms de vos collaborateurs et partenaires stratégiques
- Vos informations financières détaillées
Partager ces éléments dans un prompt, c’est potentiellement les exposer. Logique, non ? La CNIL rappelle d’ailleurs régulièrement la vigilance nécessaire avec les outils IA concernant les données personnelles et confidentielles.
À retenir : si vous utilisez l’IA en entreprise, définissez en amont quelles informations peuvent ou ne peuvent pas être intégrées dans vos prompts. Une charte d’utilisation interne, même simple, évite les mauvaises surprises.
Ce qu’il faut faire : Anonymisez vos données avant de les intégrer dans un prompt (remplacez les noms de clients par « Client A », les montants précis par des fourchettes…). Ou optez pour des solutions IA « on-premise » ou avec garanties de confidentialité renforcées pour les usages sensibles 🔐.
Erreur n°5 : Des prompts vagues qui produisent des réponses génériques
Il y a un principe informatique qu’on adore citer chez Odécia : « Garbage in, garbage out ». Ce que vous mettez dans votre prompt détermine directement ce que vous obtenez en sortie. Et sur les appels d’offres, une réponse générique, c’est une réponse perdue.
Voilà un prompt vague : « Rédige un mémoire technique pour un marché de nettoyage. » ChatGPT vous pondra quelque chose de présentable, structuré, correct… et identique à ce que produira n’importe quelle autre entreprise qui aura tapé la même chose. Vous voyez le problème ?
À l’inverse, un prompt enrichi donnera des résultats totalement différents :
- Le type de marché et l’acheteur (ex : « marché de nettoyage d’un lycée public, acheteur = Région Île-de-France »)
- Les critères de notation du RC avec leur pondération
- Vos points forts réels (certifications, références similaires, matériel spécifique)
- Le ton et le niveau de détail attendus
- Les contraintes du CCTP à intégrer
En résumé : apprendre à bien « prompter » n’est pas une option — c’est une compétence à part entière. Et c’est précisément ce sujet qu’on abordera dans notre prochain article, consacré à la méthode pour utiliser l’IA efficacement sur vos réponses aux appels d’offres 🚀.
En résumé : l’IA est un outil, pas une solution clé en main
Voilà, le cadre est posé. Ces 5 erreurs, on les observe régulièrement sur le terrain — et elles ont toutes le même point commun : elles surviennent quand on délègue à l’IA ce qu’elle ne peut pas faire seule.
Pour récapituler :
- Erreur n°1 : Copier-coller sans adapter au DCE → votre offre ne répond pas aux critères
- Erreur n°2 : Faire confiance aux infos juridiques → l’IA hallucine, vérifiez toujours
- Erreur n°3 : Utiliser l’IA pour le chiffrage → vos coûts réels, c’est votre expertise
- Erreur n°4 : Partager vos données confidentielles → anonymisez avant de prompter
- Erreur n°5 : Des prompts vagues → garbage in, garbage out
Et avant tout : maîtrisez le process de réponse aux marchés publics. L’IA amplifie ce que vous savez faire — elle ne compense pas ce que vous ne savez pas encore.
Vous utilisez déjà l’IA sur vos appels d’offres et vous souhaitez structurer votre approche ? Notre équipe peut vous accompagner pour mettre en place une méthode efficace, adaptée à votre secteur et à vos marchés cibles 🎯.




